Diabète et maladie du « foie gras » : une relation sournoise à surveiller

Écrit par :

Tristan Rocheleau, Dt. P., M. Sc., nutritionniste clinicien et doctorant en sciences cliniques et biomédicales à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ)

 

Qu’est-ce que la maladie du « foie gras »?

 

La stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique ou MASLD, qu’on appelle souvent foie gras métabolique, correspond à une accumulation excessive de gras dans le foie.

 

Cette maladie est plutôt silencieuse car, la plupart du temps, il n’y a pas de symptômes! Plusieurs personnes peuvent donc vivre avec une MASLD sans le savoir. On estime que cette condition touche environ 38 % des adultes à l’échelle mondiale. Le diagnostic se pose le plus souvent à partir de prises de sang ou d’une échographie lorsque plusieurs facteurs de risque sont présents (obésité, diabète, sédentarité, excès de consommation de gras, de sucre, ou d’alcool, etc.).

 

Dépister rapidement un foie gras métabolique est très important, car dans environ 25 % des cas, la maladie peut progresser vers une forme plus sévère, la stéatohépatite, caractérisée par de l’inflammation et la formation de tissus fibreux indésirables (des cicatrices appelées fibrose). La stéatohépatite peut quant à elle évoluer vers la cirrhose (quantité excessive de fibrose) et le cancer du foie.

Non, l’alcool n’est pas la première cause du « foie gras »

 

Contrairement aux croyances populaires, ce n’est pas seulement l’alcool qui peut entraîner une MASLD. La première cause est plutôt l’obésité, favorisant l’accumulation de gras dans différents organes, dont le foie. En effet, environ 80 % des individus vivant avec l’obésité développent cette condition.

 

L’obésité et ses complications (résistance à l’insuline/diabète, cholestérol élevé, hypertension artérielle, etc.) sont en croissance exponentielle depuis quelques dizaines d’années, notamment en lien avec la transformation de nos environnements. Assurément, notre société actuelle favorise, entre autres, la sédentarité (transport routier, télétravail, télévision, bicyclettes électriques, etc.) et l’alimentation ultra-transformée (apports riches en gras saturés, en sucres et en sel).

 

D’autres éléments peuvent contribuer au développement d’un foie gras métabolique, notamment la consommation d’alcool, certains médicaments, les prédispositions génétiques, l’expression de nos gènes selon l’environnement (facteurs épigénétiques), ainsi que certaines maladies auto-immunes ou chroniques, dont le diabète de type 2.

 

Le diabète de type 2 et le « foie gras », une relation complexe

 

La MASLD et le diabète sont étroitement liés. Mais lequel survient en premier? La poule ou l’œuf? La MASLD ou le diabète de type 2? La réponse est : les deux.

 

D’un côté, le diabète de type 2 augmente le risque de développer une MASLD. En effet, en contexte de diabète de type 2, on retrouve souvent plus de glucose (sucre) et plus d’insuline dans le sang, ce qui fait que le foie emmagasine davantage de ce glucose, en partie sous forme de gras. De l’autre côté, les gens vivant avec un foie gras métabolique s’exposent à devenir résistants à l’insuline, et à long terme, à développer le diabète de type 2.

 

Conclusion : chez les individus vivant avec un diabète de type 2, 65 % ont une MASLD. Inversement, 1 personne sur 4 ayant une MASLD vit avec un diabète de type 2.

 

Comment traiter le « foie gras »?

 

Bonne nouvelle! Le foie est un organe avec une plasticité impressionnante, ce qui signifie qu’il peut se régénérer et même reculer sur les stades de la maladie. En d’autres mots, il est possible de passer d’une stéatohépatite à une MASLD, et d’une MASLD à un foie sain!

 

Voici ce que vous pouvez faire au niveau de vos habitudes de vie.

 

Alimentation

Les études montrent qu’une perte de poids de 5 % serait capable de réduire la quantité de gras dans le foie, alors qu’une perte de poids de 10 % serait capable d’améliorer la fibrose (cicatrices) et l’inflammation (stéatohépatite). Vous en avez marre d’entendre parler de votre poids? Pas de soucis : d’autres changements au niveau de vos habitudes de vie peuvent améliorer la MASLD, sans même perdre du poids!

 

Aliments à mettre à votre menu :

  • Fruits entiers et légumes
  • Viandes maigres (ex. : poitrine de volaille, filet de porc)
  • Poissons et fruits de mer (saumon, sole, crevettes, etc.)
  • Protéines végétales (ex. : tofu, légumineuses, noix et graines, tempeh)
  • Produits laitiers faibles en matières grasses (ex. : yogourt grec 0 %, lait écrémé ou 1 %, fromage allégé)
  • Produits à base de grains entiers (ex. : pain à base de farine de blé entier ou intégral, riz brun, quinoa, avoine, sarrasin)
  • Huiles végétales (ex. : huile d’olive extra-vierge, huile d’avocat)

 

Aliments à limiter :

  • Les produits riches en sucres, dont le fructose (ex. : jus, boissons gazeuses, pâtisseries, bonbons)
  • Les aliments riches en matières grasses d’origine animale (ex. : beurre, crème, lard)
  • La viande rouge (ex. : bœuf, agneau)

 

Qu’en est-il de la consommation d’alcool? Bien que la consommation d’alcool ne cause pas la MASLD, il est fortement recommandé de la modérer. Chaque verre consommé augmente le risque de maladies chroniques (ex. : cancer, maladies cardiovasculaires).

 

Activité physique

Les meilleurs sports à pratiquer pour réduire votre risque d’obésité, de MASLD et/ou de diabète sont ceux que vous aimez! Les recommandations sont de 150 minutes d’activité physique modérée ou 75 minutes d’activité physique vigoureuse par semaine. Si vous aimez compter vos pas, visez environ 10 000 pas par jour. Cependant, il est essentiel d’y aller à votre rythme et de vous donner des objectifs progressifs. Chaque minute d’activité physique est bénéfique pour la santé! Consultez un kinésiologue au besoin.

Sommeil

La qualité ainsi que la durée du sommeil sont étroitement liées avec l’obésité et ses complications. Ne les négligez pas! Il est recommandé pour les adultes de dormir un minimum de 7 heures par nuit. Essayez d’éteindre vos écrans, d’éviter la caféine le soir et d’avoir un environnement sombre et paisible : votre sommeil vous remerciera !

Et les médicaments?

Actuellement, aucun médicament n’est approuvé pour traiter la MASLD au Canada. Cependant, il est possible, dans certains cas, qu’une médication pour l’obésité soit prescrite pour la traiter indirectement. C’est le cas du sémaglutide (Ozempic® ou Wegovy®), du liraglutide (Saxenda®), du tirzépatide (Mounjaro® ou Zepbound®) et de plusieurs autres.

La chirurgie bariatrique est également une intervention pour le traitement de l’obésité qui a un impact positif sur la santé du foie, dont la MASLD.

Restez vigilants

La MASLD est une condition encore trop peu connue qui reste sous-diagnostiquée puisqu’elle est asymptomatique.

Si vous croyez présenter des facteurs de risque ou qu’on vous mentionne que vous avez un « foie gras » lors d’un examen médical, par exemple lors d’une échographie abdominale ou d’un rapport de tomodensitométrie (couramment appelé un CT-Scan), n’hésitez pas à en parler à vos professionnels de la santé !

 

M. Rocheleau est coordonnateur du projet METAfoie, une étude clinique dirigée à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) par Dre Fannie Lajeunesse-Trempe. Son objectif principal est d’évaluer l’efficacité d’un suivi par un nutritionniste pendant 12 mois chez les individus vivant avec une obésité et/ou un diabète de type 2, et qui débutent du sémaglutide (Ozempic® ou Wegovy®). L’étude clinique est en cours et plusieurs personnes participantes sont recherchées pour contribuer à faire avancer la science. Les personnes participantes bénéficieront, entre autres, d’un accompagnement nutritionnel avec la prescription de sémaglutide.

 

Si vous vivez avec une obésité ou un diabète de type 2, pensez à communiquer avec M. Rocheleau et le reste de l’équipe au 418-656-2131 poste 404005 ou par courriel à [email protected].

 

Vous pouvez aussi consulter l’étude clinique MicroSema, l’étude réalisée en complémentarité à METAfoie : https://www.inaf.ulaval.ca/recherche/etudes-cliniques/identification-des-biomarqueurs-du-microbiote-favorisant-la-perte-de-poids-avec-la-prise-de-semaglutide-2/

*Ce texte a été révisé par Dre Fannie Lajeunesse-Trempe, médecin spécialiste en médecine interne générale et médecine bariatrique à l’IUCPQ, ainsi qu’Audrey St-Laurent, Ph. D., kinésiologue et professionnelle de recherche en médecine bariatrique, IUCPQ.